Fidèles à la tradition des rassemblements publics en plein air, nous organisions un pique nique citoyen consacré au logement et tout particulièrement au logement social étudiant. Nous avions donné rendez-vous jeudi 17 mai, à partir de 12h30, devant les bâtiments H et F de la Résidence Universitaire d’Antony.
L’animation s’est faite autour de notre permanence « roulante », un superbe taxi anglais aux couleurs du Front de Gauche, qui circule sur dans les quartiers de la circonscription. Comme durant toute la campagne présidentielle nous voulons faire de notre campagne législative un moment d’éducation populaire. La convivialité, l’échange, les rencontres sont pour les militants du Front de Gauche source d’espoir là où on nous expliquait qu’il fallait se résigner, accepter les poncifs de l’idéologie dominante. Et surtout baisser la tête et ne pas faire de surenchère comme si la droite avait gagné la bataille des idées, en imposant son langage (charges sociales au lieu de cotisation), ses problématiques (celle de la dette et de la faillite des finances publiques), son idéologie avec l’assisté et l’immigré coupables de « profiter du système » quand, dans le même temps, le Président des riches accordait sans compter des cadeaux fiscaux à ses amis du CAC 40 !
Ensemble, ce jeudi, nous avons pu saluer la décision du tribunal administratif de Versailles qui, le 10 mai 2012 (décidément c’est une date qu’on aime bien), a enfin annulé l’arrêté de transfert des biens appartenant au CROUS (résidence universitaire Jean Zay d’Antony et celle de Châtenay) à la Communauté d’agglomération des Hauts de Bièvre dirigée par l’équipe Siffredi-Devedjian. Cette décision, même si elle arrive tardivement, rappelle à qui l’aurait oublié qu’on ne gagne rien sans lutter. Au Front de Gauche, les paroles de la chanson « On ne lâche rien », s’accompagnent d’actions comme celle que nous venons de remporter, tous ensemble, avec l’AARUA et les élus d’opposition. La résistance commence par refuser rationnellement « l’évidence » des commentaires tels que « il n’est plus possible de réhabiliter les bâtiments », « il faut démolir la RUA », « on ne gagnera pas en justice contre Devedjian et l’UMP », qui masque souvent la résignation avant le combat. Et elle se poursuit par les luttes sociales et citoyennes. Bref, nous sommes fiers au Front de Gauche d’avoir participé à redonner à beaucoup le goût de la politique. Avec à la clé l’émergence d’une gauche sans concession, sans complexes, fière d’assumer un projet d’émancipation.
Car la bataille politique pour la réhabilitation d’ensemble de la RUA Jean Zay est une bataille de longue haleine. Il faut dire que cela fait des lustres presque que P. Devedjian veut détruire la RUA… En 1988, déjà !!!) P. DEVEDJIAN avait exprimé ses « sentiments » vis-à-vis de la RUA la cataloguant comme un des handicaps de la ville dans une interview au journal local de droite « Antony d’Abord N°70 du 2 février 1988 : P. Devedjian à la question « va-t-elle (la RUA) disparaître »? répond : « Il est prématuré de parler de cela et je n’ai pas de projet. Mais il est vrai que cette cité appartient aux handicaps dont je parlais… ». L’année d’après en 1989, la majorité municipale de droite fait voter en conseil municipal une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) sur le bâtiment C pour le détruire. Les étudiants se mobilisent contre cette opération qui est cette fois bloquée par le CROUS et l’État, qui engagent des crédits pour la réalisation de travaux sur la plupart des bâtiments. La RUA était promise à réhabilitation dans le Contrat de Projet Etat/Région 2000-2004. Mais c’était sans compter sur la capacité de P. Devedjian à l’époque député et maire d’Antony pour que le dossier n’aboutisse pas. Car ayant toujours eu pour objectif de récupérer les terrains afin de réaliser sur ceux-ci de juteuses opérations immobilière, il fallait à tout prix laisser se dégrader la situation pour ensuite justifier des démolitions car les bâtiments seraient devenus « dangereux », « trop coûteux à rénover »… Comme dit l’adage « Pour pouvoir justifier de tuer votre chien, d’abord l’accuser d’avoir la rage… »
Depuis on connait l’histoire. Devedjian en 2004 tente un nouveau joker pour récupérer les terrains de la RUA, en ajoutant un article à la loi « relative aux libertés et responsabilités locales » qu’il fait voter en tant que ministre et qui stipule « Les biens appartenant à l’État et affectés au logement des étudiants sont transférés (..) aux communes ou aux établissements publics de coopération intercommunale qui ont demandé à assumer la charge de la construction, de la reconstruction, de l’extension, des grosses réparations et de l’équipement des locaux destinés au logement des étudiants. Ce transfert se fait à titre gratuit .. »
Bien sur dans la loi nulle part il n’est écrit dans la loi »démolition ». Mais qu’importe puisque c’est l’objectif. Et durant les 3 années où les élus UMP auront eu la possession de cette résidence, leur bilan sonnant et trébuchant c’est un bâtiment détruit (548 chambres), un second muré (91 T2 de 27m2) et en cours de démolition et en projet au moins deux autres menacés…
Aujourd’hui la résidence Jean Zay se vide de ses étudiants, d’autant que la direction actuelle du CROUS a accompagné cette désertification des lieux en limitant les admissions et réadmissions et en aidant même à expulser. Pendant ce temps le collectif dont sont membres les élus du Front de Gauche a défendu et porté le projet de réhabilitation d’ensemble (un contre projet existe, des partenaires comme la Région sont prêts à participer financièrement à la condition que l’on arrête de démolir), car en Ile de France tout particulièrement nous manquons de logement social étudiant.
Loger les jeunes issus de milieux populaires est une mission de services publics à laquelle nous sommes attachés. Le logement social étudiant est un des volets d’une politique éducative en faveur de l’égalité des droits. Il y a urgence pour l’Etat a investir ce dossier nous voulons inverser la courbe actuelle qui fait qu’il y a de moins en moins de jeunes issus de milieux défavorisés qui accèdent à l’enseignement supérieur (chiffre est en recul de 4 points sous le quinquennat de Sarkozy). Parce que nous n’admettons pas qu’en 2012 les étudiants « galèrent » pour se loger et soient, dès leurs premières années dans le post-bac, obligés de travailler au détriment de leurs études. Parce qu’il n’est pas acceptable que certains d’entre eux soient même poussés à renoncer à leurs études, faute de moyens décents pour vivre et étudier, les élus et futurs élus du Front de Gauche a l’Assemblée nationale feront de ce dossier un des enjeux de cette mandature. Bref, la bataille des idées et des projets a enfin commencé, avec un premier succès. Elle ne s’arrêtera pas, car si la défaite de M. Sarkozy était indispensable, pour le logement social étudiant et pour donner un avenir à la RUA, beaucoup reste à faire.
A ce pique nique citoyen et social nous avons aussi rappelé notre attachement à l’œuvre de Jean Zay, ministre du Front populaire qui fit tant pour la jeunesse, résistant assassiné par la milice en Juin 1944. Moment de convivialité qui se veut aussi un appui à toutes et tous ceux, étudiants, résidents, riverains, citoyens, élus qui prennent leur part dans cette bataille !
